Brevets / Logiciels

UnLogicielEstUnRaisonnement

PagePrincipale :: DerniersChangements :: DerniersCommentaires :: ParametresUtilisateur :: Vous êtes 38.107.191.85

Un logiciel est un raisonnement mathématique


Voir aussi :
LettreDeDonaldKnuth
http://www.ffii.fr/liens.html

Un logiciel est un ensemble d'algorithmes, autrement dit c'est l'automatisation d'un raisonnement mathématique humain.


Un logiciel est déterministe, il s'exécute tout le temps de la même façon, et dans un milieu ayant un nombre fini d'états possibles (c-à-d un milieu discret). Cela signifie que pour arriver à un résultat, il n'y a jamais un nombre infini de possibilités. Plus l'étendue d'un résultat est simple et restreint, plus le nombre de possibilités d'y parvenir diminue, et lorsque l'une de ces solutions est brevetée, c'est le résultat qui est breveté et non la technique pour y arriver. De cette façon, les possibilités de contournement du brevet sont quasi inexistantes


Au contraire, dans un milieu matériel, les brevets se justifient car il faut tenir compte du hasard, des matériaux, de la température, de la corrosion, de l'usure, de la fatigue, qui ont toutes des valeurs continues, et qui étendent à l'infini les paramètres d'environnement où se déroule la réalisation d'une technique brevetée.
Ceci n'arrive jamais dans un milieu binaire
. Le champ d'action en programmation informatique est infiniment plus restreint ! Tout brevet sur une de ses techniques réduit définitivement les possibilités des programmeurs dans tout un domaine d'application, et les empêche complètement de s'en approcher. La complexité actuelle des logiciels fait qu'ils utilisent, et sont obligés d'utiliser un très grand nombre d'idées ; et lorsque ces idées sont brevetées , soit le logiciel est bloqué dans ses fonctionnalités et ne peut pas être concurrentiel, soit il n'est pas du tout rentable car il faut payer un trop grand nombre de licences de brevets. C'est une des raisons pour lesquelles les brevets de logiciels réduisent l'innovation et la concurrence.


Une autre aberration de la brevetabilité des logiciels, peut-être la plus importante d'un point de vue théorique et éthique, est la suivante :
Un ordinateur ne peut pas stocker la grande majorité des nombre réels car un nombre réel occupe une place infinie en mémoire. Par exemple, le nombre PI comporte une infinité de chiffres après la virgule, selon un ordre jamais répétitif. On ne peut travailler que sur une approximation. En vérité les ordinateurs ne travaillent que sur les nombres entiers, et les nombres à virgule sont approximés grâce à une virgule flottante. (les variables "float" en programmation).
Deuxième constat, un logiciel étant une suite d'instructions et d'algorithmes, il appartient au domaine des mathématiques.


Mais les mathématiques peuvent travailler sur tous les types de nombres, y compris les nombres réels comme PI. Les logiciels constituent donc un sous ensemble du champ des mathématiques, celui qui concerne les nombres calculables. Les logiciels sont donc à plus forte raison des méthodes mathématiques puisqu'ils appartiennent à une sous-partie du champ des mathématiques, celle de la calculabilité.
La correspondance directe entre logiciels et mathématiques peut aussi être concrètement illustrée par le lambda-calcul, par la Correspondance de Curry-Howard, et par l'existence de logiciels et de techniques qui permettent d'établir une correspondance directe entre logiciels et démonstrations mathématiques :

http://citeseer.nj.nec.com/ohori99curryhoward.html
http://www.computer.org/proceedings/lics/0725/07250307abs.htm
http://www.e-supinfo.com/peren2002/nacmia_i/pages/manuel.htm

Breveter des méthodes mathématiques est absolument inconcevable, et c'est explicitement interdit par la Convention de Münich. Étendre ou officialiser la brevetabilité des logiciels revient à autoriser la brevetabilité sur les mathématiques.

Concernant les arguments précédents : les logiciels et les techniques auxquels il ai fait allusion permettent effectivement d'établir une correspondance directe entre certains logiciels à caractère scientifique et des démonstrations mathématiques. Un logiciel reste cependant la mise en oeuvre d'une idée, que l'idée en question porte sur les mathématiques ou sur une roue de camion n'a guère d'importance

Mais pas seulement... :

Tout ceci ne s'applique bien entendu que pour les brevets portant sur des "techniques logicielles", code source ou algorithme à l'appui. Il se trouve que les brevets de logiciels actuels ne portent en réalité pas souvent sur les calculs eux-mêmes (qui sont gardés secrets), mais sur les résultats de ces calculs (faux : lisez donc les brevets de logiciels délivrés par l'OEB), ce qui permet d'empêcher quiconque d'implémenter une technique aboutissant à ces résultats

Si l'on transpose ceci aux brevets sur des techniques matérielles, cela revient par exemple à breveter tous les récipients à liquide, au lieu de breveter simplement le TetraPak (les fameux packs de lait ou de jus de fruit en carton) ! Belle perspective...




Il n'y a pas de commentaire sur cette page. [Afficher commentaires/formulaire]